Transmission · 17 septembre 2026

Donation de 100 000 € pour la résidence principale : la fenêtre se referme le 31 décembre 2026

Depuis février 2025, un dispositif temporaire permet d'aider un enfant à acheter son logement sans le moindre droit de donation, bien au-delà des abattements habituels. Il est méconnu, il est cumulable, et il disparaît dans un peu plus de quinze mois. Voici ce qu'il permet exactement, et les trois conditions qui font échouer la plupart des dossiers.

100 000 €par donateur
300 000 €par bénéficiaire
31/12/2026date limite des versements
Le dispositif

Ce que permet exactement l'article 790 A bis

Créé par la loi de finances pour 2025, il s'ajoute aux abattements existants au lieu de les remplacer. C'est ce qui en fait un outil aussi puissant, et aussi temporaire.

Le principe est simple : vous donnez une somme d'argent à un descendant, il l'affecte dans les six mois à l'achat d'un logement neuf ou à des travaux de rénovation énergétique de sa résidence principale, et cette somme échappe totalement aux droits de donation, dans la limite de 100 000 € par donateur et de 300 000 € par bénéficiaire.

Nature du don
Exclusivement des sommes d'argent, données en pleine propriété. Les titres, parts de société, biens immobiliers et actifs numériques sont hors champ.
Qui peut donner
Tout ascendant, sans condition d'âge. C'est une différence notable avec le don familial de 31 865 €, qui exige un donateur de moins de 80 ans.
Qui peut recevoir
Enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants. À défaut de descendance, neveux et nièces. Aucune condition d'âge minimum n'est exigée du bénéficiaire.
Plafonds
100 000 € par donateur, et 300 000 € par bénéficiaire tous donateurs confondus, sur l'ensemble de la période d'application.
Emploi des fonds
Acquisition d'un logement neuf ou en état futur d'achèvement, ou travaux de rénovation énergétique de la résidence principale, éligibles à MaPrimeRénov'.
Délai de réemploi
Six mois à compter du versement.
Engagement
Conservation et occupation comme résidence principale pendant cinq ans. La location à un tiers comme résidence principale reste possible, sauf si les fonds ont financé des travaux de rénovation énergétique. La location à un membre du foyer fiscal du donataire est exclue.
Période
Versements réalisés entre le 15 février 2025 et le 31 décembre 2026. Aucune prorogation n'est annoncée à ce jour.

Le point de départ des cinq ans varie selon l'opération : la date de l'acte authentique pour un achat, la date d'achèvement pour une acquisition en VEFA, la date de fin des travaux pour une rénovation. Une précision utile : le décès du donateur libère les héritiers de l'obligation de conservation, ce qui évite de bloquer une situation familiale déjà difficile.

Les pièges

Les trois conditions qui font échouer la plupart des projets

Le dispositif est généreux sur les montants et strict sur les modalités. Ces trois points expliquent l'essentiel des dossiers écartés.

1

L'ancien est exclu.C'est la condition la plus mal comprise et la plus discriminante. Seuls l'achat d'un logement neuf et l'acquisition en état futur d'achèvement ouvrent droit à l'exonération. Un appartement ancien, même acheté comme résidence principale et même rénové ensuite, n'y donne pas accès au titre de l'acquisition.

2

Six mois, c'est très court.Le délai court à compter du versement, pas de la signature du compromis. Donner « pour préparer » un projet encore flou revient à prendre le risque de dépasser le délai et de perdre l'exonération. La donation doit être déclenchée quand le calendrier de l'opération est établi.

3

Pas de cumul avec MaPrimeRénov'.Pour la voie « travaux », les dépenses doivent être éligibles à MaPrimeRénov', mais le bénéficiaire ne peut pas percevoir cette aide pour les mêmes travaux. Il faut donc arbitrer entre les deux, en comparant le montant de l'aide et l'économie de droits de donation.

4

La déclaration n'est pas facultative.Acte notarié enregistré dans le mois, ou formulaire 2735-SD déposé dans le mois pour un don manuel. Sans déclaration en bonne et due forme, et sans justificatifs d'emploi conservés, l'exonération tombe et les droits deviennent exigibles avec intérêts de retard.

Le vrai intérêt

Le cumul : jusqu'à 231 865 € par parent et par enfant

C'est là que le dispositif devient réellement puissant. Il ne remplace pas les abattements existants, il s'y ajoute.

Trois mécanismes distincts se superposent, chacun avec ses propres conditions, et rien n'interdit de les mobiliser la même année pour le même projet.

Abattement de droit commun
100 000 € par parent et par enfant, rechargeable tous les 15 ans. Aucune condition d'emploi : l'argent peut servir à ce que le bénéficiaire veut.
Don familial de sommes d'argent
31 865 € supplémentaires, rechargeables eux aussi tous les 15 ans. Conditions : donateur de moins de 80 ans, bénéficiaire majeur, et don en numéraire.
Dispositif 790 A bis
100 000 € de plus, affectés au logement neuf ou à la rénovation énergétique, sous les conditions décrites plus haut.
Total par parent
231 865 € transmis à un enfant en franchise totale de droits de donation.

Un exemple concret

Un couple aide son fils de 29 ans à acheter un appartement neuf à 420 000 €. Chaque parent mobilise l'abattement de 100 000 €, le don familial de 31 865 € et le dispositif temporaire de 100 000 €. Le couple transmet ainsi 463 730 € sans aucun droit de donation, dont 200 000 € au titre du seul dispositif temporaire, sous le plafond de 300 000 € par bénéficiaire.

Sans le dispositif temporaire, la part excédant les abattements classiques aurait supporté les droits de donation en ligne directe, soit environ 20 % sur la tranche concernée. L'économie se chiffre en dizaines de milliers d'euros, pour une opération qui aurait eu lieu de toute façon.

Exemple pédagogique volontairement simplifié. Il ne constitue ni une simulation, ni une recommandation personnalisée, et suppose que chaque mécanisme remplisse ses conditions propres.

Le calendrier

Pourquoi il est déjà tard

Quinze mois semblent confortables. Rapportés au rythme réel d'une opération immobilière, ils le sont beaucoup moins.

Le texte impose que le versement intervienne au plus tard le 31 décembre 2026, et que les fonds soient employés dans les six mois qui suivent. Deux calendriers doivent donc se croiser, et c'est rarement automatique :

  • Pour un achat dans le neuf déjà livrable, il faut que l'acte authentique intervienne dans les six mois du versement. La réservation, l'obtention du prêt et la signature prennent couramment quatre à six mois : la donation doit donc être calée sur la réservation, pas avant.
  • Pour une VEFA, les appels de fonds s'échelonnent sur plusieurs années. Le versement doit être affecté à un appel de fonds intervenant dans les six mois, ce qui suppose d'avoir déjà signé le contrat de réservation.
  • Pour des travaux de rénovation énergétique, il faut des devis signés, éventuellement une autorisation d'urbanisme, et des entreprises disponibles. Les délais d'artisans sur ce type de chantier dépassent fréquemment six mois.

Concrètement

Si un projet d'achat dans le neuf ou de rénovation existe dans votre famille pour 2026 ou 2027, le sujet est à traiter maintenant, pas en décembre 2026. Le dernier trimestre 2026 sera mécaniquement trop tard pour la plupart des opérations, puisque le délai de six mois débordera sur une période où le versement ne sera plus éligible.

La marche à suivre

Ce qu'il faut faire, dans l'ordre

Cinq étapes, dont aucune ne peut être inversée sans risquer l'exonération.

◆
01

Vérifier l'éligibilité du projet

Logement neuf ou VEFA pour la voie acquisition, travaux éligibles à MaPrimeRénov' pour la voie rénovation. C'est le point de départ : si le projet porte sur de l'ancien, ce dispositif n'est pas mobilisable et il faut revenir aux abattements classiques.

◆
02

Vérifier la capacité du donateur

Donner 100 000 € ne doit pas compromettre vos propres besoins futurs. C'est le premier calcul à faire, avant toute considération fiscale : une donation ne se reprend pas.

◆
03

Caler le calendrier

Le versement se positionne par rapport à la date prévisionnelle de l'acte, de l'appel de fonds ou du démarrage des travaux, de façon à rester dans les six mois. C'est l'étape la plus technique, et celle où un accompagnement fait gagner du temps.

◆
04

Articuler avec les autres abattements

Répartir la somme entre le dispositif temporaire, l'abattement de 100 000 € et le don familial de 31 865 €, en tenant compte des donations déjà consenties dans les quinze dernières années.

◆
05

Déclarer et conserver

Acte notarié enregistré dans le mois, ou formulaire 2735-SD pour un don manuel. Puis conservation méthodique des justificatifs d'emploi : acte d'achat, factures, autorisations d'urbanisme, pendant toute la durée de l'engagement.

◆
06

Ne pas oublier l'équité familiale

Aider un enfant et pas les autres crée une inégalité qui se réglera au décès, souvent mal. Une donation-partage ou une mention explicite dans l'acte permet de figer la valeur et d'éviter que le sujet ne ressorte vingt ans plus tard.

Questions fréquentes

Vos questions sur ce dispositif

Peut-on utiliser ce don pour acheter dans l'ancien ?+
Non, et c'est la condition qui disqualifie le plus de projets. Seules l'acquisition d'un logement neuf et l'acquisition en état futur d'achèvement ouvrent droit à l'exonération. Un achat dans l'ancien en est exclu, même s'il s'agit bien de la résidence principale du bénéficiaire. La seule voie ouverte sur un bien ancien est celle des travaux de rénovation énergétique, sous réserve qu'ils soient éligibles à MaPrimeRénov'.
Ce dispositif se cumule-t-il avec l'abattement classique de 100 000 € ?+
Oui, intégralement. Les trois mécanismes se superposent : l'abattement de droit commun de 100 000 € par parent et par enfant, le don familial de sommes d'argent de 31 865 €, et cette exonération temporaire de 100 000 €. Un seul parent peut ainsi transmettre jusqu'à 231 865 € à un enfant en franchise totale de droits, à condition que chaque mécanisme respecte ses propres conditions. Pour un couple, le montant double, dans la limite du plafond global de 300 000 € par bénéficiaire pour la part relevant du dispositif temporaire.
Quel est le délai pour utiliser les fonds ?+
Six mois à compter du versement. C'est court, et c'est la deuxième cause d'échec du dispositif après la condition de logement neuf. Concrètement, la donation ne doit pas être faite « au cas où » : elle se déclenche lorsque le projet immobilier est suffisamment avancé pour que l'acte authentique ou le premier appel de fonds intervienne dans les six mois. Le bénéficiaire doit pouvoir justifier de l'emploi des fonds par les actes d'achat, les factures et les autorisations administratives.
Faut-il conserver le logement pendant cinq ans ?+
Oui. Le bien doit être conservé et occupé comme résidence principale du bénéficiaire pendant au moins cinq ans. Il peut aussi être loué à un tiers comme résidence principale, sauf lorsque les fonds ont financé des travaux de rénovation énergétique, et la location à un membre du foyer fiscal du donataire est exclue. Le délai court à compter de l'acte authentique pour un achat, de l'achèvement pour une VEFA, ou de la fin des travaux pour une rénovation. Le décès du donateur libère les héritiers de cette obligation.
Comment déclarer ce don ?+
Si la donation est constatée par acte notarié, celui-ci doit être enregistré dans le mois. S'il s'agit d'un don manuel, le bénéficiaire dépose le formulaire 2735-SD dans le mois suivant le versement, en ligne ou auprès du service de l'enregistrement. Dans les deux cas, il faut conserver l'ensemble des justificatifs d'emploi des fonds : acte d'achat, factures d'entreprise, autorisations d'urbanisme. En cas de contrôle, l'absence de justificatif entraîne la remise en cause de l'exonération et le paiement des droits, assortis d'intérêts de retard.
Le don peut-il porter sur autre chose que de l'argent ?+
Non. Le dispositif vise exclusivement les dons de sommes d'argent consentis en pleine propriété. La donation de titres, de parts de société, d'un bien immobilier ou d'actifs numériques n'entre pas dans le champ de l'exonération. Si vous souhaitez transmettre un actif plutôt que des liquidités, il faut revenir aux outils de droit commun : abattement de 100 000 €, donation en nue-propriété, donation-partage.
Échangeons

Un projet d'achat dans votre famille ?

Le calendrier est la partie délicate de ce dispositif. Un rendez-vous suffit généralement à vérifier l'éligibilité, à caler les dates et à répartir les montants entre les trois abattements. En cabinet à Paris 16ᵉ ou en visioconférence.